Jeudi 15 janvier 2009 4 15 /01 /2009 02:53



Pour ceux qui connaissent, il y a Japan express, le livre magnifique roman photos-polar dont les souvenirs émaillent ma découverte du Japon (1). Rien à voir donc, si j'ai choisi ce titre China express pour ce billet. C'est juste que c'est le nom du ferry qui fait la traversée pour Tianjin en Chine de puis Kobe. Trois jours de voyage aux loisirs un peu désuets mais charmants, trois jours pour se familiariser aux compagnons de route que l'ont croise ici sur le pont, que l'on recroise là au restaurant ou, plus exotique, ici au bain, un furo qui tangue avec le bateau, autant de figures qui deviennent progressivement familières. Et le spectacle permanent, la mer. Pour ceux qui l'aiment, impossible de s'en lasser. Mais dans ce temps dilaté, considérer le bateau comme un voyage en soi est une obligation, la contemplation la seule occupation. Dans un sens comme dans l'autre, pour les uns c'est un voyage qui commence, pour d'autres qui se termine, et tout le monde n'a pas la même hâte d'arriver. A bord il n'y a que des habitants des deux rives, Chinois et des Japonais.

Là sur l'image, deux jeunes futures stagiaires en partance pour Kobe. Drôle de spectacle sur le Tianjin Kobe, de côtoyer cette cinquantaine de jeunes stagiaires, en partance pour l'autre monde. On a échangé un peu, ils étaient trop contents d'utiliser le peu de Japonais qu'ils avaient engrangé avant leur départ avec une Française qui elle aussi se bat avec la langue. Je ne leur ai pas dit que j'avais rencontré leurs pairs, dans le voyage aller, vers la Chine, partant du Japon avec le regard qui ne s'offre pas au monde avec autant de candeur, même un peu inquiète.

Pour voir les images de ce voyage, il suffit de suivre ce lien.
Pour voir les images de Pékin, c'est ici.

    (1) Japan Express de Anne Garde et Laure Vernière

Ecrire un commentaire - Voir les 2 commentaires - Recommander
Dimanche 14 décembre 2008 7 14 /12 /2008 16:10



C'est à Takao san que nous avons rencontré le dieu des kakis entre autres génies des pentes froides et embrumées. Et pour plus de détails sur cette excursion inoubliable, suivez le lien link.


Trève de prosaïsme triste et étroit, une histoire, mais une légende cette fois:

Ca se passe au dernier étage d'un immeuble du genre qui gratte le ciel, avec une vue plongeante sur les voitures en contrebas, comme des petits jouets. Ca se passe dans les quartiers chics avec de la moquette au sol, le Tokyo des films que tout le monde a vus. Un gars très sympa, simple, d'abord facile. Petite discussion de comptoir sans comptoir, comme ça sur le pouce. Où il commence à nous apprendre que la vie est facile au Japon, bon, peut-être pas pour les vieux. D'ailleurs sa mère, elle a 70 ans et vit seule avec 60 000 yens de retraite (pas assez pour payer rien que mon loyer par exemple), alors bon ben oui forcément, elle est obligée de travailler, elle fait des ménages, comme ça. Mais l'essentiel: elle aime ça. Enfin elle a l'air. Et de toute façon, avec une population qui vieillit, c'est bien connu, il n'y a plus assez de jeunesse pour payer les retraites des vieux.
Et puis tiens et lui alors au fait, la jeunesse, la descendance, les petits bras qui lui payeront sa retraite lui, il en fait quoi? Ben voilà il vit avec sa copine, mais elle a un bon job, qui lui plaît, alors elle veut pas se marier. Lui il aimerait bien, avant il lui en parlait souvent, mais il va pas la forcer. Des enfants? Oui aussi, il aimerait bien, mais elle veut pas non plus, il faut comprendre, elle a trente-cinq ans, un boulot qui lui plaît tout ça, elle voudrait pas devoir y renoncer...
A ce moment-là j'ai admiré la répartie de la personne qui était avec moi, de lui expliquer qu'il faut pas laisser filer sa vie comme ça, que des femmes il y en a plein qui a 40 ans se réveillent sans enfants, regrettent, trop tard, et en plus découvrent que finalement la carrière pour laquelle elle ont sacrifié leur vie de famille n'est pas à la hauteur des promesses. Je manifeste mon accord entier avec cette intervention.
Notre homme nous dit, d'un ton qui se veut rassurant: "mais on a trouvé la solution". Dans ma tête se profile l'image d'un enfant adopté. Aussitôt surgit un gros point d'interrogation, euh non l'adoption ça ne change rien au problème, la carrière tout ça... alors?

"On va prendre un chien".

Oui je l'ai dit c'est une légende, parce que je ne voudrais pas avoir l'air de ne raconter que des trucs terrifiants dans mon blog. Et là j'ai déjà bien commencé par les génies malins du mont Takao, donc ça suffit.

Mais quand même, un jour il faudra que j'aille les photographier les petits chiens du Komazawa koen où je vais courir. Des petits chiens habillés de la tête aux pieds, avec des petits chaussons parfois, des bonnets parfois aussi. Mais au minimum une petite veste, un petit lainage. Et c'est vrai qu'ils ont l'air si petits et si fragiles ces petits chiens, ils ont bien raison d'en prendre grand soin leurs maîtres. On sait jamais. Des fois que les lutins descendent de la montagne, il paraît qu'ils enlèvent les enfants qui finissent pas leurs yaourts. Peut-être qu'ils s'en prendraient aussi à ces pauvres petites bêtes.



 

Ecrire un commentaire - Voir les 3 commentaires - Recommander
Jeudi 20 novembre 2008 4 20 /11 /2008 13:15
c'est vrai que je déserte un peu ce blog. du coup voilà un extrait de mail envoyé à un ami il y a une dizaine de jours.


"aujourd'hui je me décide à acheter des chaussures pour courir parce que les miennes je les ai achetées dans un magasin japonais classique, donc elles avaient beau être le plus grand modèle pour hommes, elles sont affreusement trop petites et comme je cours trois heures par semaine je veux pas me ruiner les pieds.

donc ce matin je vais au magasin de sport que j'ai repéré à vingt minutes de chez moi. un magasin rien que de sport. je rentre et je sens que tout le monde se dérobe à ma vue. je ne tilte pas tout de suite. je regarde les chaussures et comme je suis décidée à faire les choses bien, et que j'avais lu qu'il fallait pas n'importe quelle chaussure pour n'importe quel pied, n'importe quel poids, n'importe quel usage etc, je préfère m'adresser à un vendeur.

c'est là que je réalise qu'il y avait eu comme un frémissement d'invisibilité soudaine sur mon passage quand j'étais entrée. pas un vendeur en vue. je vais donc à la caisse, où le mec a pas le choix que de rester où il est. de loin je repère à sa tête qu'il ne me sera d'aucune aide. de loin il repère les ennuis et se plie en deux sous le comptoir pensant sans doute que je le verrai pas. je m'approche du comptoir où il s'efforce de faire semblant d'agrafer des factures, plié en deux sous le comptoir. je suis pile face à lui. s'il se redresse nos visages seront à vingt centimètres. il continue de bricoler bricoler. en fait il cherche une esquive en espérant que je vais partir. ça me fatigue ces mecs qui flippent de parler à des étrangers (c'est pas du tout du racisme, c'est la peur des incompréhensions, de pas gérer la nouveauté, de pas être à la hauteur). ça va je mange pas. 

là il comprend que je partirai pas, donc tout en restant plié, comme dans un dessin animé ou un film de funès, il pivote et se redresse un mètre plus loin. je le laisse pas s'enfuir comme ça, je l'interpelle. et je fais pire. d'habitude je parle en japonais, même incompréhensible et avec des fautes, en général ça rassure. mais là je lui demande, droit dans les yeux, s'il parle anglais. Il hésite, me regarde en faisant mine du mec qui ne comprend pas. du coup je répète ma question, en utilisant une autre phrase, très vite, pour qu'il comprenne que je sais ce que je dis et que ce que je dis est un japonais très clair correct et compréhensible. 

"un peu" il me dit. "parfait" je lui réponds. et là je lui dis que j'ai besoin de conseil pour acheter des chaussures. il fait mine de trouver ça très drôle que j'aie besoin d'aide pour ça, alors de mon visage le plus sérieux je persiste, tout en sachant que c'est déjà foutu.

je l'emmène jusqu'au rayon en commençant à lui expliquer pourquoi j'ai besoin de chaussures. il ne me pose aucune question et désigne une paire. là je lui explique que je veux pas une paire au hasard, mais des conseils. il me répond que toutes ces chaussures, on peut courir avec. du coup j'y vais cash, je lui montre avec mon pied qu'il y a des pieds qui vont plus sur la tranche intérieure, d'autres sur la tranche extérieure, et que c'est bien de choisir des chaussures en fonction. 
peut-être que je tatillonne mais c'est après avoir lu pas mal de conseils sur internet que j'ai décidé de prendre soin de mes pieds et je veux pas seulement des chaussures à ma pointure.
 
il se décide à aller demander à un collègue (qui se garde bien d'intervenir lui-même et lui explique de loin), revient, et me montre la même paire qu'au début, en me faisant signe avec les pieds, que ça c'est bien pour les pieds qui vont à l'intérieur à l'extérieur. je renouvelle mon explication: il parait qu'il y a des chaussures qui correspondent mieux qux pieds qui partent à l'intérieur, d'autres aux pieds qui partent à l'extérieur. et qu'en aucun cas mes pieds ne partent à l'intérieur à l'extérieur.

là il se décide, et va chercher une collègue et la tire quasi de force jusqu'au rayon. elle ne s'y connaît pas plus et me conseille la même paire. je commence à craquer. je répète ma question, lui demande si elle se connaît, son collègue va chercher un dictionnaire électronique qu'il brandit d'une main tout de même un peu tremblante. je lui explique que ce n'est pas une question de vocabulaire mais que soit ils s'y connaissent, soit non, et que si c'est non il faut le dire. 

et là, ça fait vingt minutes que je suis là, ils m'expliquent que leur collègue qui s'occupe du rayon est en repos et ne sera là que vendredi." 

Ecrire un commentaire - Voir les 5 commentaires - Recommander
Jeudi 16 octobre 2008 4 16 /10 /2008 03:21
"les prisons sont pleines ici, mais c'est aussi parce que les soins de santé y sont gratuits alors les vieux ils font des crimes et des vols pour y aller et en bénéficier. et s'ils sortent, ils recommencent pour y retourner"
(ma prof du vendredi)
effectivement:
" In August, a 79-year-old woman went on a slashing spree in Tokyo's bustling shopping and entertainment district of Shibuya, wounding two female passersby before being arrested by police. The attacker reportedly said she was homeless, had no money and thought if she committed a crime the police would care for her." (Japan Times du 16 octobre) 

Ecrire un commentaire - Voir les 2 commentaires - Recommander
Mercredi 3 septembre 2008 3 03 /09 /2008 13:50

Trop heureuse de quitter Naha, capitale d'Okinawa, bétonnée, qui ne s'ouvre à la mer que pour laisser entrer les bateaux, et ne réserve qu'une centaine de mètres d'horizon à ses habitants, sur la sunset beach, encadrée de filets, de hauts parleurs et de l'American village. Naha orpheline de son passé, à l'exception du Peace mémorial qu'il faut aller chercher au bout d'une heure et demie de bus qui traversent le béton, et peut-être, le shirijo, chateau historique des dépositaires du royaume qui s'appelait alors Ryuku, ouvert vers Taiwan, la Chine ou la Corée au moins autant que vers le Japon. Pour le reste, même allées commerçantes que partout, néons et musique qui devient anxiogène à la longue. J'étais donc trop heureuse d'en partir, pour l'île de Z. dont je ne savais rien et dont j'espèrais beaucoup. Après une heure et demie, l'esprit dégagé avec la mer pour seul horizon, le ferry accoste.

Machinalement, je fouille dans mon sac pour retrouver le petit papier où l'aubergiste de la veille a noté le nom du ryokan où j'ai réservé deux nuits. Je lève la tête et tombe nez-à-nez avec un vieux drôle à casquette, petit et maigre, qui me fixe avec sa pancarte rafistolée - les autres hotels envoient eux des chauffeurs munis de panneaux sans accrocs. Il me regarde, je m'approche. "Roy Anne san deska?" Je n'aurai même pas eu à chercher, traînant ma valise dans les ruelles du port. "Thank you" me dit-il en m'accompagnant à sa voiture, un peu poussièreuse.
Ma chambre est prête, propre, une natte, un frigo, une petite table. Otosan, puisque c'est comme cela qu'il conviendra de l'appeler le reste du séjour, m'apporte un café glacé, et des cigarettes, trop content de découvrir que nous fumons les mêmes: "same same", dit-il. Je pourrai utiliser le vélo comme je veux, et rentrer pour 18h30, pour le repas. Otosan m'invite à manger "avec sa famille", ce n'était pas prévu au programme, mais j'en suis ravie.

Cinq minutes plus tard je suis sur mon vélo, grimpant la côte qui mène à la plage. En contrebas, des plantations de cannes à sucre et l'impression de vivre enfin le Japon dont je rêvais en regardant les films. Puis la forêt, quelques pins. Et la végétation qui ronge le bitume. Enfin, je me sens libre, et en descendant la pente, je me remercie intérieurement d'avoir eu la bonne idée de venir jusqu'ici, me changer les idées loin du cadre strict de la vie tokyoïte. Enfin je commence à comprendre le pourquoi du fantasme "Okinawa", qui tient les salarymen debout des années d'heures supplémentaires durant, dans l'espoir, un jour, d'aller vivre avec les poissons sur les îles où parait-il, on vit le plus longtemps au monde. La plage est blanche, mal découpée, longue, déserte. La mer d'un bleu clair de carte postale, transparente. J'hésite à rejoindre le tout petit bout de côte occupé par les autres baigneurs, ce que je fais finalement, rien de trop dense après tout, et je ne suis pas là pour être sauvage.

Soleil, bain, poissons, soleil, livre. L'heure venue, je savoure le plaisir de la nonchalance, prendre mon temps pour enlever chaque grain de sable entre mes pieds, marcher lentement jusqu'à la poubelle pour jeter une bouteille en plastique, revenir auprès de mes affaires, regarder une dernière fois la mer. Puis je prends mon vélo, que je pousse dans la montée.

J'ai à peine pris ma douche, en train de regarder les photos du jour, quand une jeune fille me convie à dîner. Trop vite, je conclus que c'est la fille d'Otosan. Je la suis dans la cuisine, où le vieux m'invite à m'installer. Meubles simples, un rien de bordel, il me sert du riz et m'invite à manger, la jeune fille s'installe. Ce n'est pas sa fille. C'est Heidi.

"Et si quelqu'un te fait du mal, je descends de ma montagne d'où je te surveille dans la journée!" Heidi, puisque c'est comme ça que finalement tout le monde l'appelle, rit d'un rire clair. Elle a rejoint l'île y a six mois, pour travailler dans un club de plongée, où elle était supposée aussi suivre des cours pour lesquels elle reversait la moitié de son salaire, mais qui n'ont jamais eu lieu. Une histoire que j'ai l'impression d'avoir entendu mille fois déjà depuis mon arrivée au Japon. Finalement, elle travaillait de 7h à 23h sept jours sur sept, emmenait quatre plongée de 45 minutes par jour, travaillait comme serveuse ou pour nettoyer les vitres. Le tout pour 50 000 yens par mois. Quand elle a finit par comprendre que les cours de plongée n'auraient jamais lieu, elle a fait ses valises et est venue se réfugier chez Otosan en attendant de partir pour rentrer chez ses parents à Nagoya. "Avant, je quittais des fois mon travail dans la journée, je venais ici, je pleurais, tous les jours je pleurais, puis j'y retournais". Elle raconte et rigole. Otosan l'écoute et guette ma réaction. Elle lui sert des bières à mesure qu'il les finit. Otosan fait le clown pour la faire rire, et elle rit.

Quand il était enfant sur la même île occupée par les Américains, Otosan allait sur la plage où j'ai passé l'après-midi, à la rencontre des soldats. Il avait faim, comme tout le village. "moi les soldats ne me faisaient pas peur, alors je leur demandais des biscuits. Thank you je disais, good boy, ils répondaient en me frottant la tête, et me donnaient tellement de biscuits, des crakers, qu'il y en avait assez pour moi et tous mes copains." Il rit, et Heidi rit aussi. Nous resterons jusqu'à deux heures du matin à discuter, avec elle, Otosan, d'autres amis de passages.

Otosan découpe des sashimis et se rêve en Alain Delon, amoureux d'une femme belle comme une actrice qui l'aimerait aussi, à qui il dirait "je t'aime" (Et il se lève pour imaginer la scène, se baisse et se relève les paumes en avant dans un long "je t'aime"), et qu'il serait trop petit pour embrasser car les actrices sont plus grandes que lui. Mais qu'il embrasserait quand même "you, and me, kiss kiss, slowly slowly". Puis "skip skip". Et Heidi fait une démonstration du "skip skip", une danse côte à côte, genoux en l'air, comme dans les dessins animés. Quand j'ai le dos tourné, Otosan gribouille sur un bout de carton "romachic" (car il est romantique). Je pars chercher mon appareil photo.

Le lendemain, je passe de longues heures seule sur mon vélo dans les montagnes de cette île volcanique à chercher le point de vue le plus haut pour contempler la mer avant de revenir saluer Heidi avec ses valises, qui part rejoindre sa gand-mère à Naha. "Pour tous les habitants de l'île, c'est la même tragédie, tous les jours, ils viennent dire au revoir aux vacanciers à qui ils disent "à bientôt", qui répondent "à bientôt", mais ne reviendront jamais. Et Otosan pleure pour de bon, tous les jours", m'explique celui qui dans leur petite comédie familiale et alpine joue le rôle de Peter, le gardien de chèvres. Et qui lui aussi, accompagne quatre à cinq plongées par jour, sans jamais n'avoir appris. Comme Heidi, il fait mine de connaître sur le bout des doigts les trente à quarante site de plongées. Fait mine de connaître chacun des poissons aux couleurs incroyables. Sa femme et sa fille l'attendent à Tokyo depuis six mois.

Ce jour-là, moi aussi j'ai les larmes aux yeux en saluant Heidi que je connais pourtant à peine.

Le soir, à table, Otosan est triste. Il a décidé de ne pas boire. Mais le passage d'un ami, un homme rigolard, qui accompagne les touristes d'île en île sur son bateau, en décidera autrement. Cette fois, pour essayer une recette "française", Otosan tente de cuire le saumon dans une papillotte - pas aussi bon que les sashimis. Son ami, "le capitaine", a son instrument à trois cordes okinawaïen et chante distraitement quelques chansons. Le lendemain c'est à mon tour de prendre le ferry. Bien triste de dire au revoir à Otosan qui se dépêche de repartir dans sa camionnette à peine m'a-t-il déposée à l'embarcadère.

Dans le bateau, je repense à Heidi, qui n'a pas encore prévenu ses parents qu'elles avait démissionné. "Je ne leur dirai pas, je rentrerai comme ça et je ne leur dirai rien. Ils ne comprendraient pas que je n'aie pas essayé plus longtemps, que je ne sois restée que six mois", m'avait-elle expliqué tout naturellement, avant de rigoler encore à une blague d'Otosan.

Puis je me souviens d'une phrase, pourquoi et d'où vient-elle? Un auteur allemand je crois. "Ne retiens pas la vague qui se brise à tes pieds, en se retirant, de nouvelles viendront s'y briser."

(pour voir d'autres photos: http://picasaweb.google.fr/anneroy1/LLeDHeidiEtOtosan#slideshow)

Par Anne
Ecrire un commentaire - Voir les commentaires - Recommander
Jeudi 21 août 2008 4 21 /08 /2008 07:33

 


















plus de photos en suivant ce lien: http://picasaweb.google.com/anneroy1/MizukakeNoMatsuri


Bon oui tu as raison rachel pourquoi je n'écris plus sur mon blog moi aussi? bon je vais faire un petit effort parce qu'il faut bien continuer ce qu'on a commencé. mais c'est vrai que ce n'est pas si facile parce que que voulez vous, à un moment, c'est fatal, le quotidien commence à s'installer, les différences culturelles on en a marre de passer son temps à les ausculter à la loupe alors qu'on est tous faits du même bois et que c'est justement quand on les oublie que ça devient sympa la vie. et surtout que je suis un peu moins comme une lucky luke observatrice solitaire, mais je commence à avoir des potes, plus proches, et que du coup ça engage plus de décrire ce qu'on voit, ce qu'on vit ce qu'on ressent au quotidien, donc c'est moins facile. et comme le boulot je veux pas en parler ici... d'ailleurs j'ai un site pour ça, même si j'y mets que des extraits (www.anneroy.fr pour ceux que ça intéresse).
mais.
mais je vais faire un effort parce que quand même.
et par exemple, je peux bien vous parler de la mizukake no matsuri à laquelle je suis allée dimanche. encore une fois c'est mayumi (ah mayumi, la classe!) qui m'a invitée à cette fête dans son quartier d'enfance, dans les quartiers populaires à l'est de Tokyo. des matsuri, c'est-à-dire des petits festivals, y en a partout, tous les temps de tous les genres, mais encore plus en été. et ça tombe bien, parce que le principe de celle-là, c'est que pendant le défilé où chaque pâté de maisons défile au son de washoi, washoi (une sorte de "tous ensemble, tous ensemble") en exhibant son petit temple en bois bien lourd comme il faut, les voisins leur jettent de l'eau. et c'est plutôt bonne ambiance.
mais surtout c'est ce quartier qui est "bonne ambiance". un petit quartier comme on n'en fait plus beaucoup dans les zones ultra bondées de tokyo, un quartier un peu familial. j'ai adoré. donc après avoir observé les défilés en évitant l'arrosage (comme par hasard, justement depuis ce wek-end il fait moins chaud à tokyo, d'ailleurs quelques feuilles commencent à jaunir sur les arbres en face de chez moi laissant présager quelque chose comme l'automne qui approche) après avoir bu une coupe de champagne en mangeant du riz, un oeil sur les JO chez une amie de Mayumi, après un petit tour sous la pluie parmi les stands qui vendent des victuailles à pas cher et à profusion, la journée qui avait commencé assez tôt s'est achevé dans un petit restaurant italien, à parler de tout et de tout pendant des heures autour d'une table en formica. et ça, c'était encore un grand moment de la journée. s'oublier autour d'une table dans un restaurant familial et bruyant, c'est trop bon. pendant un temps, j'ai oublié que depuis mon arrivée ici, je suis toujours un peu sur mes gardes, est-ce que je dis pas quelque chose de travers, est-ce que je parle pas trop fort, est-ce que je suis au bon endroit etc. l'inconvénient, pour moi, d'une ville et d'une vie aussi structurée, cadrée, et j'irais jusqu'à dire polissée que tokyo, c'est que c'est assez contraignant, surtout pour quelqu'un comme moi qui aime plutôt les chemins de traverse et osons le mot: le bordel. ce qui donne d'ailleurs de grandes conversations avec martichou à bucarest qui elle se plaint de l'inverse. il faudrait un milieu sans doute.
je pourrais m'en fouttre et transgresser, d'ailleurs j'aime plutôt transgresser en général, aller chatouiller les limites, les codes et les principes. mais encore faut-il pour cela les comprendre et les digérer ces limites - sinon où est l'intérêt? alors en attendant de les avoir intégrées, j'observe, je marche dans les clous et je traverse au feu vert. et je m'habitue à ça aussi, et c'est aussi un mini défi.
donc bref, ce dimanche là, c'était un dimanche sans questions (même si je n'en ai pus conscience vraiment de ces questions au quotidien, faut pas non plus exagérer), dans un quartier sympa.
et puisqu'on parle de quartier. je suis tombée, pas tout à fait par hasard puisque je travaille sur l'immigration en ce moment, je suis tombée sur le quartier, résumons par quartier coréen, de tokyo. en y arrivant (pour une interview) je ne savais pas du tout de quoi il s'agissait comme quartier. mais tout de suite en sortant du métro, j'ai eu une impression très agréable d'être à l'aise. je n'ai pas compris tout de suite parce que ce n'est pas non plus barbès, faut rien exagérer. mais quand même, il y a un petit côté décalé qui fait que pour une étrangère comme moi on se sent immédiatement à l'aise. et je me suis laissé dire pour l'occasion que c'est quand même plus facile pour un étranger, de vivre dans un pays où d'autres ont déjà ouvert la voie, et se chargent de faire le lien. L'homogénéïté revendiquée du japon, j'y crois pas une seconde. mais, il faut bien avouer qu'il n'y a pas beaucoup d'étrangers. et que du coup s'immiscer dans cet espace où les règles sont inscrites et intégrées depuis des lustres, c'est sans doute moins facile qu'ailleurs.
mais je vous rassure, en attendant 2050 et les dix millions d'étrangers souhaités comme "main d'oeuvre" par une frange du PLD pour combler le déficit démographique, j'ai quand même petit à petit constitué mon réseau d'amis et de gens pour la faire cette passerelle vers le japon. ouf!

 

Par Anne
Ecrire un commentaire - Voir les 1 commentaires - Recommander
Samedi 19 juillet 2008 6 19 /07 /2008 10:52
Bientôt deux mois, j'en reviens pas. C'était prévu au programme que les choses iraient en s'accélérant, que le mois de juillet, avec une semaine intense de contre G8 puis de G8 sur l'île d'Hokkaido serait particulièrement court, mais là j'avoue que je me suis laissée surprendre. la bonne nouvelle c'est que je me suis mise dans un rythme de boulot assez intense, même si j'attends encore un mois avant d'avoir une vraie idée de: pourrai-je vivre mon année durant de journalisme ou bien vais-je devoir passer de l'autre côté du décor et me faire recruter comme freeter dans les magasins de jeux pour boucler mes fins de mois?
"chaque jour tu vas découvrir des choses que tu n'attends pas", m'avait dit un ami qui a vécu au Japon. En même temps quand on part vivre à l'étranger, on s'attend à être surpris. Mais ici, la vraie suprrise se passe surtout dans les détails. je dirais même exclusivement dans les détails. ce n'est pas un choc profond, un renversement, comme marcher les pieds en haut la tête en bas (d'ailleurs parfois j'aimerais être un peu plus bousculée, remuée). c'est une foule de remarques, d'expressions, ou de scènes, minuscules qui ne devraient pas retenir l'attention et pourtant si. il est là le dépaysement. pas vraiment dans la ponctualité des trains, les ressources technologiques ni même les mille et un gadgets qui rendent la vie plus confortable. enfin pour moi.

Par exemple, parmi les plus récentes surprises, c'est cette semaine, par une lourde soirée bien humide et bien chaude qui donne l'impression de squatter une bouche d'aération du métro parisien, j'enfourche mon vélo pour aller à la piscine. Pourquoi, alors que je connais le chemin, je mesure mal la distance, je loupe une intersection, et je me retrouve dans un dédale de petites rues mal éclairées

parenthèse: j'adore que les rues ne soient pas baignées de lumière comme en europe où l'on a peur du noir. j'ai toujours aimé les villes lointaines pour ça, en afrique principalement, et j'ai été ravie de retrouver la même chose c'est beauocup plus reposant, on voit d'autres choses, on écoute d'autres choses, j'aime qu'on respecte le soir.

donc en deux temps trois mouvements, je me retrouve loin de la piscine, je débouche sur une petite rue commerçante très sympathique, beaucoup de gens qui marchent, silencieusement. je tente de m'orienter, j'emprunte une petite rue dans un quartier plutôt résidentiel. et là, sur le trottoir d'une rue déserte, je distingue deux silhouettes immobiles, deux hommes, l'un prosterné à genou, l'autre debout face à lui. je ne sais pas ce qu'ils se disaient, peut-être rien. mais c'était terriblement intense, terriblement dramatique comme scène. très théâtral.

ou alors, il y a des petites phrases qui marquent, qui intriguent, qui donnent presque le vertige. Exemple? une discussion avec mon amie Mayumi, que je remercie au passage, je lui suis terriblement reconnaissante de nos soirées hebdomadaires à discuter du Japon, de la France, à échanger nos impressions. D'autant plus reconnaissante que c'est une de mes toutes premières amies ici à me donner une ouverture sur les coulisses de ce Japon qui, faute de pouvoir encore parler, ne resterait sinon qu'un décor. (Merci donc Mayumi qui te reconnaîtras sans doute ici.) Donc cette semaine, nous sommes retrouvées dans un petit restaurant d'Ebisu, à boire une bière en échangeant nos dernières nouvelles et impressions. Et je ne me rappelle plus du tout comment nous en sommes venues à parler de ça. cela avait l'air très anodin. Mais la phrase donnait quelque chose du genre (j'ai peur que ma mémoire n'en trahisse l'exactitude): "ici il y a un sentiment qui est très exacerbé, c'est la haine" j'étais un peu surprise et je dois bien avouer que je ne l'avais pas remarqué du tout. donc je demande à en savoir plus "c'est principalement les femmes à l'égard de leurs maris" puis "il y a même des femes qui meurent de douleur". et la conversation est repassée à autre chose.  (Bon j'avoue que ça me fait bizarre de raconter une conversation que j'ai eue en me disant que mon interlocutrice du moment va sans doute la lire). Mais ça m'a aussi plongée dans un abîme vertigineux, assez comparable d'ailleurs à la scène des deux hommes sur le trottoir. quelque chose d'infiniment théâtral, mais dans la vraie vie.

d'ailleurs, rien à voir (encore que?), mais je me suis fait la réflexion à plusieurs reprises. Mais il y a quelque chose qui m'a marquée tout de suite, dès la première semaine (précisément quand j'ai vu cette femme habillée en Mauritanienne, avec une melhafa aux plis parfaits, et des gestes que j'ai vraiment pris pour ceux d'une mauritanienne jusqu'à ce que je voie son visage). Il y a quelque chose qui me marque c'est la capacité d'imitation parfaite de certaines personnes que je croise ici. je n'ai pas d'autre exemple qui me vienne en tête maintenant mais je sais que je me suis fait cette réflexion à plusieurs reprises. une imitation de ce qui est lointain, donc imaginaire. là c'est une femme habillée en mauritanienne, plus loin ça pourra être un groupe de jeunes gens déguisés en elvis, ou que sais-je encore. comme si (attention c'est sans doute un gros délire de Anne) à défaut d'avoir une ouverture physique sur l'extérieur (le Japon est une île je le rappelle), on jouait l'extérieur, on jouait le monde. A perfection. Mais avec un petit quelque chose (quoi?) qui fait qu'on reste Japonais à 100%. Pas de confusion possible, pas de glissement vers l'autre. Bon c'est sans doute du gros n'importe quoi inintelligible ce que je raconte, il faudrait qu'un jour j'arrive à y mettre des mots simples.

en tout cas voilà, bientôt deux mois, quelques toutes petites fenêtres sur l'envers du décor, subrepticement, pas plus, mais des petites fenêtres qui du coup sont d'autant plus chérissables. pour le reste, j'ai le sentiment encore de glisser sur une surface lisse et imperméable. à moins que je ne m'imprègne sans m'en rendre compte, ce qui ne serait pas étonnant. même dans mon travail, aussi parce que je commence seulement à m'y mettre vraiment depuis quelques semaines, j'arrive à dégager quelques lignes. mais la chair, la rencontre n'a pour l'instant eu lieu que de façon très momentanée.

la rencontre est d'ailleurs plus souvent dans les à-côtés du travail, c'est une aubergiste d'hokkaido qui discute avec moi, s'installe à ma table pour me servir jusque dans mon assiette comme une mère, me demande si je reviendrai "demain", se sont ses gestes, les quelques mots que nous échangeons. cette même aubergiste qui m'avait un peu surprise d'ailleurs la première fois que j'étais venue dans son tout petit restaurant, en hésitant à me servir du porc ("vous n'êtes pas musulmane?").
Par Anne
Ecrire un commentaire - Voir les 1 commentaires - Recommander
Dimanche 6 juillet 2008 7 06 /07 /2008 08:08
Pour ceux qui veulent avoir une idée de ce contre-sommet, avec dix fois plus de policiers que de manifestants (c'est à peu près les chiffres), vous pouvez faire un tour ici: http://picasaweb.google.fr/anneroy1/ContreG8Sapporo2008.
de mon côté tout se passe bien, trois hélicoptères au-dessus de ma tête en permanence, des flics en civils ou pas, très guignolesques, des manifestations, débats, conférences, rencontres...
Par Anne
Ecrire un commentaire - Voir les 2 commentaires - Recommander
Jeudi 3 juillet 2008 4 03 /07 /2008 11:34
 Bien, je suis arrivée à Sapporo, sans encombre et avec deux nouvelles amies. Levée à 4h30, après trois heures de sommeil, je découvre la gare de Tokyo dans laquelle je me suis inévitablement auparavant perdue, mais comme j'avais prévu le coup, ça ne m'a pas empêchée pendant mes vingt minutes d'avance de contempler le nez cassé des shinkansens. Bref je trouve ma voiture, ma place, sans encombre, je feuillette rapidement le Japan times et je m'endors. Arrivée au lieu de mon premier changement, dix minutes chrono, je me dirige vers le machines qui filtrent l'accès au train et me réclament non pas un mais deux billets. Une agente de la gare vient alors à ma renconre et pour me rendre service se sert directement dans ma liasse de billets allers et retours qu'elle me rend dans un grand sourire. Elle est si agile à manipuler les tickets que j'ai du mal à comprendre le tour de passe-passe et surtout quel billet elle a pris. Je constate bien vite mon infortune: c'et un billet retour qu'elle a pris. Je me tourne donc vers elle, lui demande dans un japonais plus qu'héistant, qui cède vite à un anglais qu'elle ne comprend pas. elle passe et repasse pourtant en revue la liasse de tickets qu'elle tient à la main, sans perdre son sourire mais un peu paniquée de ne pas comprendre ce qui se passe. Et tellement vite que je ne parviens pas à repérer le mien.
Elle appelle un autre agent, qui prend à nouveau mes billets et me dirige vers mon quai. comprenant qu'une explication trop longue risque de me faire manquer mon train j'interromps la conversation par un "wakarimashita", et me dirige vers ma place où je passe en revue mes tickets. Il me manque bien non pas un mais deux tickets retour. Ma voisine doit m'observer du coin de l'oeil. Pour meiux faire le deuil de mon trajet retour, je m'endors en tentant de calculer la somme que mon pauvre vocabulaire japonais m'a fait perdre. Je suis réveillée par le contrôleur, lui présente mes tickets. Il m'interroge sur mon trajet retour. Sans bien comprendre je lui tends le seul ticket qu'il me reste. Et d'un tour de passe-passe il me tend un des deux tickets manquants, en s'excusant de l'erreur. "Yokatta" lance alors ma voisine, soulagée avec moi. Le contrôleur s'éloigne et elle fait le compte des billets, constate avec moi qu'il en manque encore un. Sa soeur, assise de l'autre côté de l'aller se joint à la conversation, et avec un peu plus de temps à ma disposition, je peux cette fois leur expliquer mon aventure. Elles promettent d'arrêter le contrôleur lors de son passage retour. Ce qu'elles font, une demie-heure plus tard. Celui-ci, visiblement décontenancé et très gêné, roule des yeux, regarde au ciel. Puis ajoute que dans les trois heures de train qui me restent, il va pouvoir trouver le ticket. Mais me demande de vérifier une dernière fois. C'est donc ma voisine qui a découvert le ticket manquant, coincé entre deux pages de mon petit carnet. J'étais au moins aussi gênée que le contrôleur - mais je ne sais pas rouler des yeux et regarder au ciel comme lui.
Cette mésaventure close, mes voisines m'ont donc interrogée sur ma présence ici, combien de temps, pourquoi, où j'habite. Trop reconnaissante, je leur détaille le tout. Et j'ajoute, parce que je sais pour en avoir déjà fait l'expérience que ça me fera gagner des points sympathie, queje susi française. Exclamations. Bien joué. Nous continuons la conversation. Nouvelles exclamations quand je leur dit que oui j'ai déjà goûte le "nato" et que j'aime ça. Les deux soeurs partent en week-end à Hokkaido, elles vivent à Tokyo. Me donnent leur adresse, prennent la mienne. Et me disent que leur mère tient un magasin de kimonos qui a fermé, qu'elles veulent m'en offirir un, qu'à mon retour je dois les appeler. Sur le quai de mon dernier changement, elle m'accompagnent jusqu'à ma palce et restent sur le quai à me saluer jusqu'au départ du train. C'était très émouvant.
Par Anne
Ecrire un commentaire - Voir les 2 commentaires - Recommander
Samedi 28 juin 2008 6 28 /06 /2008 07:59
c'est la prof du mardi matin, qui me fout un peu la pression parce qu'elle m'appelle la veille, chaque semaine, pour savoir où j'en suis pour préparer son cours. et puis aussi parce qu'on a pas tout à fait les mêmes références dans la vie alors j'ai toujours un peu peur de l'effrayer. par exemple quand je lui explique que je vais couvrir le contre-sommet du G8 à hokkaido, pas de moi-même mais parce qu'elle me demande des détails, elle s'interroge, pose des questions. puis finit par dire qu'elle a compris mais je crois que pour elle le contre-sommet c'est juste une réunion annexe au G8. l'altermondialisme je ne suis pas sure que ça fasse partie de son champ de pensée. bon je n'ai pas fait beaucoup d'efforts pour lui expliquer, je n'avais pas vraiment envie d'avoir une étiquette sur le front, si elle comprend de quoi il s'agit ou pas ma foi, c'est pas ça qui me fera avancer en japonais.
bref, c'est une vieille dame, qui a l'habitude d'enseigner à de "très bons élèves, qui viennent des grandes écoles parisiennes, des gens très intelligents", m'a-t-elle précisé dès le premier cours. je n'ai aucune idée de son âge mais elle n'est pas toute jeune, un peu mélancolique, parfois malade. un jour elle m'a dit que "l'allongement de la durée de la vie c'est pas forcément bien", ça m'a fait triste.
bref. je fais de mon mieux pour lui faire plaisir, c'est-à-dire pour comprendre vite et bien, et retenir un maximum de vocabulaire. je crois qu'elle est contente parce qu'on arrive à discuter maintenant alors qu'au premier jour, même une phrase simple dont je connaissais tous les mots, je mettais trois heures à percuter. donc ça l'encourage.
mais pour moi, au-delà du cours, c'est surtout le personnage qui me plait, assez touchante, complètement hors de mon monde (pas hors du monde, je ne dirais pas ça, mais hors de mon univers). et je crois que ça la désolerait de s'en apercevoir, je pressens, peut-être à tort, que ça la paniquerait qu'on ne partage pas un socle commun de préoccupations. par exemple, hier, une phrase dans un exercice parlait des"jeunes d'aujourd'hui". et elle d'ajouter "les jeunes d'aujourd'hui n'aiment plus grandes marques comme chanel, vuitton ou hermès". alors je lui suggère que peut-être "les jeunes d'aujourd'hui" n'ont pas les moyens de montrer leur amour pour les grandes marques en question - qu'ils ont pas d'argent quoi. et là, sa réponse: "non les jeunes d'aujourd'hui, le problème c'est que la consommation ça ne les intéresse plus".
forcément je suis restée muette. j'ai déjà un vocabulaire très limité, mais là, du point de vue des idées mêmes, j'étais totalement prise au dépourvu.
bon. et dans un exercice du livre, il y avait des phrases comme: "quand je suis seule j'appelle ma famille" ou bien "quand j'ai faim je sais plus quoi". bref, dans un mouvement tout à fait spontané, mais surtout parce que j'ai senti que l'exemple lui ferait plaisir, j'ai ajouté "quand la nourriture française me manque, je m'achète un croissant". et là, ça lui a parlé grave. je l'ai senti dans son regard. bon elle trouve ça un peu gras les croissants, mais la nostalgie ou la mélancolie qu'elle a cru percevoir dans cette phrase ça lui a plu. on est passé vite à autre chose, mais j'ai senti que je l'avais soulagée : je suis une fille, seule à l'étranger, pas mariée, sans enfants, je travaille comme indépendante, tout ça ça la dépasse complètement. mais l'histoire du croissant, ça lui a rappelé qu'après tout j'avais des sentiments comme tous les humains.
alors. à la fin du cours, nous marchions vers la station de métro, elle me demande si je connais Bäcker, une chaine de salon de thé française. je ne connaissais pas, et comme on passait devant j'ai vu sur l'enseigne Bäcker, Paris. Pour la rassurer j'ai dit qu'il devait y en avoir à Paris, effectivement - mais en vrai je ne vois pas. et là, surprise, elle m'a invitée pour manger un croissant et un café au lait (j'ai constaté que très souvent les japonais pensent qu'en France la boisson nationale c'est le café au lait). Et nous avons mangé moi un croissant, elle un sandwich, et un café au lait en discutant (cette fois en anglais) de savoir si ça se fait dans les traditions françaises de faire sonner les verres quand on trinque. elle a lu dans un livre de bonnes manières françaises que ça ne se fait pas, mais elle voit bien dans les films que ça se fait alors elle ne comprend pas. j'avoue que je ne m'étais jamais posé la question. je lui ai bricolé une théorie vite fait, genre que ça se fait dans la plupart des cas, mais que dans les traditions de la haute bourgeoisie française ça se fait peut-être pas, qu'en famille ou avec des amis, on le fait, et que dans une réunion publique ça dépend - et qu'on attend de voir ce que va faire celui qui dirige ladite réunion. elle m'a demandé "mais les vieux, ils trinquent, les vieux ou pas?" je lui ai répondu que ce n'était pas une question d'âge mais plutôt d'appartenance sociale ces hitsoires de "bonnes manières".
au terme d'un long silence, elle a enchaîné sur une nouvelle question, pour être sure d'avoir bien compris. "sarkozy il trinque lui?"
et là j'ai vu l'image dans ma tête, et j'étais sure et certaine que sarkozy oui il trinque, au moins dans certaines occasions, avec ses potes, bonne manière ou pas bonne manière. mais j'ai renoncé à lui expliquer.
Par Anne
Ecrire un commentaire - Voir les 1 commentaires - Recommander

Présentation

Créer un Blog

Recherche

Calendrier

Décembre 2009
L M M J V S D
  1 2 3 4 5 6
7 8 9 10 11 12 13
14 15 16 17 18 19 20
21 22 23 24 25 26 27
28 29 30 31      
<< < > >>
Créer un blog sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur - Signaler un abus