Samedi 19 juillet 2008
Bientôt deux mois, j'en reviens pas. C'était prévu au programme que les choses iraient en s'accélérant, que le mois de juillet, avec une semaine intense de contre G8 puis de G8 sur l'île d'Hokkaido serait particulièrement court, mais là j'avoue que je me suis laissée surprendre. la bonne nouvelle c'est que je me suis mise dans un rythme de boulot assez intense, même si j'attends encore un mois avant d'avoir une vraie idée de: pourrai-je vivre mon année durant de journalisme ou bien vais-je devoir passer de l'autre côté du décor et me faire recruter comme freeter dans les magasins de jeux pour boucler mes fins de mois?
"chaque jour tu vas découvrir des choses que tu n'attends pas", m'avait dit un ami qui a vécu au Japon. En même temps quand on part vivre à l'étranger, on s'attend à être surpris. Mais ici, la vraie suprrise se passe surtout dans les détails. je dirais même exclusivement dans les détails. ce n'est pas un choc profond, un renversement, comme marcher les pieds en haut la tête en bas (d'ailleurs parfois j'aimerais être un peu plus bousculée, remuée). c'est une foule de remarques, d'expressions, ou de scènes, minuscules qui ne devraient pas retenir l'attention et pourtant si. il est là le dépaysement. pas vraiment dans la ponctualité des trains, les ressources technologiques ni même les mille et un gadgets qui rendent la vie plus confortable. enfin pour moi.

Par exemple, parmi les plus récentes surprises, c'est cette semaine, par une lourde soirée bien humide et bien chaude qui donne l'impression de squatter une bouche d'aération du métro parisien, j'enfourche mon vélo pour aller à la piscine. Pourquoi, alors que je connais le chemin, je mesure mal la distance, je loupe une intersection, et je me retrouve dans un dédale de petites rues mal éclairées

parenthèse: j'adore que les rues ne soient pas baignées de lumière comme en europe où l'on a peur du noir. j'ai toujours aimé les villes lointaines pour ça, en afrique principalement, et j'ai été ravie de retrouver la même chose c'est beauocup plus reposant, on voit d'autres choses, on écoute d'autres choses, j'aime qu'on respecte le soir.

donc en deux temps trois mouvements, je me retrouve loin de la piscine, je débouche sur une petite rue commerçante très sympathique, beaucoup de gens qui marchent, silencieusement. je tente de m'orienter, j'emprunte une petite rue dans un quartier plutôt résidentiel. et là, sur le trottoir d'une rue déserte, je distingue deux silhouettes immobiles, deux hommes, l'un prosterné à genou, l'autre debout face à lui. je ne sais pas ce qu'ils se disaient, peut-être rien. mais c'était terriblement intense, terriblement dramatique comme scène. très théâtral.

ou alors, il y a des petites phrases qui marquent, qui intriguent, qui donnent presque le vertige. Exemple? une discussion avec mon amie Mayumi, que je remercie au passage, je lui suis terriblement reconnaissante de nos soirées hebdomadaires à discuter du Japon, de la France, à échanger nos impressions. D'autant plus reconnaissante que c'est une de mes toutes premières amies ici à me donner une ouverture sur les coulisses de ce Japon qui, faute de pouvoir encore parler, ne resterait sinon qu'un décor. (Merci donc Mayumi qui te reconnaîtras sans doute ici.) Donc cette semaine, nous sommes retrouvées dans un petit restaurant d'Ebisu, à boire une bière en échangeant nos dernières nouvelles et impressions. Et je ne me rappelle plus du tout comment nous en sommes venues à parler de ça. cela avait l'air très anodin. Mais la phrase donnait quelque chose du genre (j'ai peur que ma mémoire n'en trahisse l'exactitude): "ici il y a un sentiment qui est très exacerbé, c'est la haine" j'étais un peu surprise et je dois bien avouer que je ne l'avais pas remarqué du tout. donc je demande à en savoir plus "c'est principalement les femmes à l'égard de leurs maris" puis "il y a même des femes qui meurent de douleur". et la conversation est repassée à autre chose.  (Bon j'avoue que ça me fait bizarre de raconter une conversation que j'ai eue en me disant que mon interlocutrice du moment va sans doute la lire). Mais ça m'a aussi plongée dans un abîme vertigineux, assez comparable d'ailleurs à la scène des deux hommes sur le trottoir. quelque chose d'infiniment théâtral, mais dans la vraie vie.

d'ailleurs, rien à voir (encore que?), mais je me suis fait la réflexion à plusieurs reprises. Mais il y a quelque chose qui m'a marquée tout de suite, dès la première semaine (précisément quand j'ai vu cette femme habillée en Mauritanienne, avec une melhafa aux plis parfaits, et des gestes que j'ai vraiment pris pour ceux d'une mauritanienne jusqu'à ce que je voie son visage). Il y a quelque chose qui me marque c'est la capacité d'imitation parfaite de certaines personnes que je croise ici. je n'ai pas d'autre exemple qui me vienne en tête maintenant mais je sais que je me suis fait cette réflexion à plusieurs reprises. une imitation de ce qui est lointain, donc imaginaire. là c'est une femme habillée en mauritanienne, plus loin ça pourra être un groupe de jeunes gens déguisés en elvis, ou que sais-je encore. comme si (attention c'est sans doute un gros délire de Anne) à défaut d'avoir une ouverture physique sur l'extérieur (le Japon est une île je le rappelle), on jouait l'extérieur, on jouait le monde. A perfection. Mais avec un petit quelque chose (quoi?) qui fait qu'on reste Japonais à 100%. Pas de confusion possible, pas de glissement vers l'autre. Bon c'est sans doute du gros n'importe quoi inintelligible ce que je raconte, il faudrait qu'un jour j'arrive à y mettre des mots simples.

en tout cas voilà, bientôt deux mois, quelques toutes petites fenêtres sur l'envers du décor, subrepticement, pas plus, mais des petites fenêtres qui du coup sont d'autant plus chérissables. pour le reste, j'ai le sentiment encore de glisser sur une surface lisse et imperméable. à moins que je ne m'imprègne sans m'en rendre compte, ce qui ne serait pas étonnant. même dans mon travail, aussi parce que je commence seulement à m'y mettre vraiment depuis quelques semaines, j'arrive à dégager quelques lignes. mais la chair, la rencontre n'a pour l'instant eu lieu que de façon très momentanée.

la rencontre est d'ailleurs plus souvent dans les à-côtés du travail, c'est une aubergiste d'hokkaido qui discute avec moi, s'installe à ma table pour me servir jusque dans mon assiette comme une mère, me demande si je reviendrai "demain", se sont ses gestes, les quelques mots que nous échangeons. cette même aubergiste qui m'avait un peu surprise d'ailleurs la première fois que j'étais venue dans son tout petit restaurant, en hésitant à me servir du porc ("vous n'êtes pas musulmane?").
par Anne
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Dimanche 6 juillet 2008
Pour ceux qui veulent avoir une idée de ce contre-sommet, avec dix fois plus de policiers que de manifestants (c'est à peu près les chiffres), vous pouvez faire un tour ici: http://picasaweb.google.fr/anneroy1/ContreG8Sapporo2008.
de mon côté tout se passe bien, trois hélicoptères au-dessus de ma tête en permanence, des flics en civils ou pas, très guignolesques, des manifestations, débats, conférences, rencontres...
par Anne
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Jeudi 3 juillet 2008
 Bien, je suis arrivée à Sapporo, sans encombre et avec deux nouvelles amies. Levée à 4h30, après trois heures de sommeil, je découvre la gare de Tokyo dans laquelle je me suis inévitablement auparavant perdue, mais comme j'avais prévu le coup, ça ne m'a pas empêchée pendant mes vingt minutes d'avance de contempler le nez cassé des shinkansens. Bref je trouve ma voiture, ma place, sans encombre, je feuillette rapidement le Japan times et je m'endors. Arrivée au lieu de mon premier changement, dix minutes chrono, je me dirige vers le machines qui filtrent l'accès au train et me réclament non pas un mais deux billets. Une agente de la gare vient alors à ma renconre et pour me rendre service se sert directement dans ma liasse de billets allers et retours qu'elle me rend dans un grand sourire. Elle est si agile à manipuler les tickets que j'ai du mal à comprendre le tour de passe-passe et surtout quel billet elle a pris. Je constate bien vite mon infortune: c'et un billet retour qu'elle a pris. Je me tourne donc vers elle, lui demande dans un japonais plus qu'héistant, qui cède vite à un anglais qu'elle ne comprend pas. elle passe et repasse pourtant en revue la liasse de tickets qu'elle tient à la main, sans perdre son sourire mais un peu paniquée de ne pas comprendre ce qui se passe. Et tellement vite que je ne parviens pas à repérer le mien.
Elle appelle un autre agent, qui prend à nouveau mes billets et me dirige vers mon quai. comprenant qu'une explication trop longue risque de me faire manquer mon train j'interromps la conversation par un "wakarimashita", et me dirige vers ma place où je passe en revue mes tickets. Il me manque bien non pas un mais deux tickets retour. Ma voisine doit m'observer du coin de l'oeil. Pour meiux faire le deuil de mon trajet retour, je m'endors en tentant de calculer la somme que mon pauvre vocabulaire japonais m'a fait perdre. Je suis réveillée par le contrôleur, lui présente mes tickets. Il m'interroge sur mon trajet retour. Sans bien comprendre je lui tends le seul ticket qu'il me reste. Et d'un tour de passe-passe il me tend un des deux tickets manquants, en s'excusant de l'erreur. "Yokatta" lance alors ma voisine, soulagée avec moi. Le contrôleur s'éloigne et elle fait le compte des billets, constate avec moi qu'il en manque encore un. Sa soeur, assise de l'autre côté de l'aller se joint à la conversation, et avec un peu plus de temps à ma disposition, je peux cette fois leur expliquer mon aventure. Elles promettent d'arrêter le contrôleur lors de son passage retour. Ce qu'elles font, une demie-heure plus tard. Celui-ci, visiblement décontenancé et très gêné, roule des yeux, regarde au ciel. Puis ajoute que dans les trois heures de train qui me restent, il va pouvoir trouver le ticket. Mais me demande de vérifier une dernière fois. C'est donc ma voisine qui a découvert le ticket manquant, coincé entre deux pages de mon petit carnet. J'étais au moins aussi gênée que le contrôleur - mais je ne sais pas rouler des yeux et regarder au ciel comme lui.
Cette mésaventure close, mes voisines m'ont donc interrogée sur ma présence ici, combien de temps, pourquoi, où j'habite. Trop reconnaissante, je leur détaille le tout. Et j'ajoute, parce que je sais pour en avoir déjà fait l'expérience que ça me fera gagner des points sympathie, queje susi française. Exclamations. Bien joué. Nous continuons la conversation. Nouvelles exclamations quand je leur dit que oui j'ai déjà goûte le "nato" et que j'aime ça. Les deux soeurs partent en week-end à Hokkaido, elles vivent à Tokyo. Me donnent leur adresse, prennent la mienne. Et me disent que leur mère tient un magasin de kimonos qui a fermé, qu'elles veulent m'en offirir un, qu'à mon retour je dois les appeler. Sur le quai de mon dernier changement, elle m'accompagnent jusqu'à ma palce et restent sur le quai à me saluer jusqu'au départ du train. C'était très émouvant.
par Anne
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Samedi 28 juin 2008
c'est la prof du vendredi matin, tanakasan, qui me fout un peu la pression parce qu'elle m'appelle la veille, chaque semaine, pour savoir où j'en suis pour préparer son cours. et puis aussi parce qu'on a pas tout à fait les mêmes références dans la vie alors j'ai toujours un peu peur de l'effrayer. par exemple quand je lui explique que je vais couvrir le contre-sommet du G8 à hokkaido, pas de moi-même mais parce qu'elle me demande des détails, elle s'interroge, pose des questions. puis finit par dire qu'elle a compris mais je crois que pour elle le contre-sommet c'est juste une réunion annexe au G8. l'altermondialisme je ne suis pas sure que ça fasse partie de son champ de pensée. bon je n'ai pas fait beaucoup d'efforts pour lui expliquer, je n'avais pas vraiment envie d'avoir une étiquette sur le front, si elle comprend de quoi il s'agit ou pas ma foi, c'est pas ça qui me fera avancer en japonais.
bref, c'est une vieille dame, qui a l'habitude d'enseigner à de "très bons élèves, qui viennent des grandes écoles parisiennes, des gens très intelligents", m'a-t-elle précisé dès le premier cours. je n'ai aucune idée de son âge mais elle n'est pas toute jeune, un peu mélancolique, parfois malade. un jour elle m'a dit que "l'allongement de la durée de la vie c'est pas forcément bien", ça m'a fait triste.
bref. je fais de mon mieux pour lui faire plaisir, c'est-à-dire pour comprendre vite et bien, et retenir un maximum de vocabulaire. je crois qu'elle est contente parce qu'on arrive à discuter maintenant alors qu'au premier jour, même une phrase simple dont je connaissais tous les mots, je mettais trois heures à percuter. donc ça l'encourage.
mais pour moi, au-delà du cours, c'est surtout le personnage qui me plait, assez touchante, complètement hors de mon monde (pas hors du monde, je ne dirais pas ça, mais hors de mon univers). et je crois que ça la désolerait de s'en apercevoir, je pressens, peut-être à tort, que ça la paniquerait qu'on ne partage pas un socle commun de préoccupations. par exemple, hier, une phrase dans un exercice parlait des"jeunes d'aujourd'hui". et elle d'ajouter "les jeunes d'aujourd'hui n'aiment plus grandes marques comme chanel, vuitton ou hermès". alors je lui suggère que peut-être "les jeunes d'aujourd'hui" n'ont pas les moyens de montrer leur amour pour les grandes marques en question - qu'ils ont pas d'argent quoi. et là, sa réponse: "non les jeunes d'aujourd'hui, le problème c'est que la consommation ça ne les intéresse plus".
forcément je suis restée muette. j'ai déjà un vocabulaire très limité, mais là, du point de vue des idées mêmes, j'étais totalement prise au dépourvu.
bon. et dans un exercice du livre, il y avait des phrases comme: "quand je suis seule j'appelle ma famille" ou bien "quand j'ai faim je sais plus quoi". bref, dans un mouvement tout à fait spontané, mais surtout parce que j'ai senti que l'exemple lui ferait plaisir, j'ai ajouté "quand la nourriture française me manque, je m'achète un croissant". et là, ça lui a parlé grave. je l'ai senti dans son regard. bon elle trouve ça un peu gras les croissants, mais la nostalgie ou la mélancolie qu'elle a cru percevoir dans cette phrase ça lui a plu. on est passé vite à autre chose, mais j'ai senti que je l'avais soulagée : je suis une fille, seule à l'étranger, pas mariée, sans enfants, je travaille comme indépendante, tout ça ça la dépasse complètement. mais l'histoire du croissant, ça lui a rappelé qu'après tout j'avais des sentiments comme tous les humains.
alors. à la fin du cours, nous marchions vers la station de métro, elle me demande si je connais Bäcker, une chaine de salon de thé française. je ne connaissais pas, et comme on passait devant j'ai vu sur l'enseigne Bäcker, Paris. Pour la rassurer j'ai dit qu'il devait y en avoir à Paris, effectivement - mais en vrai je ne vois pas. et là, surprise, elle m'a invitée pour manger un croissant et un café au lait (j'ai constaté que très souvent les japonais pensent qu'en France la boisson nationale c'est le café au lait). Et nous avons mangé moi un croissant, elle un sandwich, et un café au lait en discutant (cette fois en anglais) de savoir si ça se fait dans les traditions françaises de faire sonner les verres quand on trinque. elle a lu dans un livre de bonnes manières françaises que ça ne se fait pas, mais elle voit bien dans les films que ça se fait alors elle ne comprend pas. j'avoue que je ne m'étais jamais posé la question. je lui ai bricolé une théorie vite fait, genre que ça se fait dans la plupart des cas, mais que dans les traditions de la haute bourgeoisie française ça se fait peut-être pas, qu'en famille ou avec des amis, on le fait, et que dans une réunion publique ça dépend - et qu'on attend de voir ce que va faire celui qui dirige ladite réunion. elle m'a demandé "mais les vieux, ils trinquent, les vieux ou pas?" je lui ai répondu que ce n'était pas une question d'âge mais plutôt d'appartenance sociale ces hitsoires de "bonnes manières".
au terme d'un long silence, elle a enchaîné sur une nouvelle question, pour être sure d'avoir bien compris. "sarkozy il trinque lui?"
et là j'ai vu l'image dans ma tête, et j'étais sure et certaine que sarkozy oui il trinque, au moins dans certaines occasions, avec ses potes, bonne manière ou pas bonne manière. mais j'ai renoncé à lui expliquer.
par Anne
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Mardi 17 juin 2008
salut les amis,
juste pour vous informer d'une nouvelle de la plus haute importance: ce matin, grande grande victoire: j'ai compris où il fallait déposer quel type de poubelle (au pied de l'arbre en bas de chez moi). Ce midi, encore plus grande victoire: en rentrant de mon cours, les poubelles n'étaient plus là (enfin la partie incombustible des poubelles). voilà juste trois semaines que j'entreposais, faute de mieux...
autre victoire, j'ai salué la concierge, et elle m'a répondu. j'en ai profité pour lui demander si c'était le bon endroit pour déposer mes petits sacs en plastique, valait mieux l'affronter elle parce que sinon les gars ils laissent ta poubelle avec un mot dessus, faut la récupérer ensuite, c'est trop la honte. elle m'a répondu que oui c'était bien le bon endroit pour les poubelles, mais qu'en revanche mon vélo n'était pas garé du bon côté de l'arbre.
ma foi, tant qu'ils n'ont pas embarqué mon vélo tout neuf avec les incombustiles...
par Anne Tocquaine
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Lundi 16 juin 2008

aujourd'hui j'ai bien travaillé, enfin, genre efficace quoi, alors je m'offre une petite pause pour vous raconter deux trois choses. la journée, puisque beaucoup me demandent à quoi ressemble une de mes journées (et j'ai bien du mal à répondre parce qu'il n'y en a pas deux pareilles), elle a commencé par mon petit trajet du lundi matin à vélo, vers la maison de suzukisan, ma prof de japonais du lundi matin. pas le cours le plus efficace on va dire, mais une dame sympa, qui m'offre du thé après chaque cours, suivant un rituel bien réglé. la semaine dernière j'avais eu bien du mal à lui faire admettre que j'avais avancé et que ce n'était pas la peine de revenir au début du livre. je lui en voulais un peu de pas comprendre l'urgence pour moi d'avancer vite, pour ne plus m'arrêter au bout de trois phrases quand je parle à quelqu'un (déjà trois phrases, vu ce que je disais au début, c'est pas mal). bon les cours de japonais c'est pas un loisir pour moi quoi, à le vivre au quotidien, je vois bien ce que ça a de vital... bref, aujourd'hui, elle a intégré, on a pris le livre là où je m'étais arrêtée à mon dernier cours de la semaine dernière, sans explications, à mon grand soulagement. et aujourd'hui, j'ai dû interrompre le petit thé final un peu plus rapidement que d'habitude (oui j'ai déjà des habitudes) parce que je voulais aller chercher ma gaigokujin torokusho qui était prête, ma carte de résidente, le sésame indispensable pour ouvrir un compte en banque, donc ouvrir un abonnement téléphonique, donc envoyer un contact fixeà mes interlocuteurs. alors sans attendre, je vais à la banque, un entil monsieur me renseigne: j'ai tout les papiers sauf... un sceau figurez-vous! oui au japon on ne signe pas, on appose son sceau. je devrai donc attendre encore mercredi que l'artisan ait fini de graver un sceau à mon nom avant d'ouvrir un compte. mais bon la perspective un peu désuète d'avoir un sceau à mon nom en katakanas m'a assez plu, donc je ne me suis pas formalisée d'avoir à attendre encore deux jours.
ensuite, après un détour par le supato pour acheter une salade et du tofu (j'ai aussi craqué, j'avoue, pour les petits gâteaux verts fourrés à la pâte de haricot rouge), j'ai mis à profit ma meilleure énergie de la semaine pour venir à bout de mon retard engrangé la semaine dernière, et pour faire part à quelques rédactions de mes propositions de sujets. ça a l'air de rien mais j'ai tellement toujours l'impression de jouer ma vie à chaque mail du genre que j'envoie que c'est une petite victoire sur moi-même. et pour fêter ça, je vais de ce pas réenfourcher mon beau vélo tout neuf pour m'inscrire au club de gym dont j'ai enfin récupéré l'adresse.
ah quand même avant de clôre ce petit chapître, un passage sur mes aventures à vélo. vendredi, comme je disposais d'un peu de temps avant un rendez-vous assez loin dans tokyo, je me susi dit, profitons du soleil, et allons-y en pédalant: ça me fera éprouver un peu de la géographie tokyoïte. résultat: heureusement j(avais beaucoup de temps devant moi... j'ai mis plus d'une heure et demie pour un parcours qui sur la carte ne me semblait pas si long que ça. donc je confirme: tokyo c'est grand. mais ce qui est drôle, quand on pédale, c'est la différence entre le jour et la nuit, parce qu'au rtour évidemment il faisait nuit. Au retour, tous les cinquantes mètres, il y a des travaux et donc plein de petits monsieurs devant les travaux qui font des gestes avec des bâtons lumineux. Et moi, tellement absorbée par les gestes (on dirait une piste d'aterrissage), j'en oublie de me dire qu'ils ont un sens, et plusieurs fois, a posteriori, en repensant aux autres vélos, en face, arrêtés, eux, je me suis dit que j'avais dû louper quelque chose. oublié de m'arrêter en somme. bon je sais je ne devrais pas écrire ça ici, ça va en effrauer quelques-uns. mais bon, il faut savoir uen chose assez étonnante ici, c'est que si les piétons japonais sont réputés pour leur respect à la lettre des consignes en tout genre, c'est loin d'être le cas des vélos, qui vont à droite ou à gauche selon leur convenance, brûlent les feux, slaloment sur les trottoirs entre les passants. la belle vie quoi. c'est peut-être pour ça que les agents de piste ne m'ont rien dit quand je leur suis passée devant sans m'arrêter.

par Anne Tocquaine
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Vendredi 6 juin 2008
bon c'est promis, un jour je mettrai des photos. je ne sais pas pourquoi, jusqu'ici je n'en ai quasiment pas prises. mais ça va venir. et je mettrai par exemple des photos des petites clochettes de la petite auberge familiale où j'étais hier avec un collègue, ambiance bon enfant, familiale et bières (enfin thé pour moi, j'avais déjà bu des bières avant). C'est là que j'ai appris l'histoire des clochettes, c'est Yokosan, la chef d'orchestre de cette petite auberge où on se retrouve autour du comptoir, qui dans un élan d'enthousiasme, pour ponctuer son histoire, s'est mise à faire sonner ces clochettes que je n'avais pas remarquées jusqu'à présent. Et là, elle a expliqué: les clochettes, c'est pour l'été, quand il fait chaud, très chaud. Dans la moiteur, pour rafraîchir les clients, un petit son de clochette. L'hiver, n'y pensez même pas, les clochettes restent muettes.

en attendant, mon prof du mercredi, celui qui ne veut pas m'enseigner de grammaire parce que c'est beaucoup trop compliqué, m'a annoncé que le ministre a officiellement annoncé ouverte la saison des pluies. donc il pleut. enfin aujourd'hui, le soleil est revenu, les parapluies ont été troqués pour des ombrelles, mais si je me suis fait très vite au parapluie, l'ombrelle c'est pas vraiment mon truc.

par Anne Tocquaine
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Mercredi 4 juin 2008
après les épisodes machine à laver et micro ondes, mais quand même surtout machine à laver, j'ai acheté aujourd'hui de l'huile d'olive un peu chère mais de façon à ce qu'au moins je sois sure de ce que c'est, avec un beau dessin d'oliviers dessus, et d'ailleurs en prenant la bouteille je me suis idt tiens je savais pas qu'il y avait des oliviers à okinawa, parce que ça venait d'okinawa. mais bon les japonais nous résevrent bien des surprises... et de toute façàon c'es 100% pur jus de... citron! (y a un dessin du fruit et pas de l'arbre à l'intérieur)
à côté de ça y a le vieux prof du mercredi matin qui veut pas me faire faire de grammaire parce que c'est beaucoup trop compliqué, qu'il fuat déjà savaoir parler avant de faire de la grammaire et qui à la place me fiat un cours sur le réchauffement climatique en japonais (lui c'est plus son truc, il est ingénieur agronome de formation, la météo il adore, et il m'a aussi tout expliqué des termes rizicoles, mais je me suis empressée d'oublier - enfin j'aurais bien aimé retenir, mais j'ai pas réussi)
du coup ma cervelle tourne plus rond, j'allume mon réchaud à gaz avec une cuillère, enfin j'essaie, ou bien je me sers de l'eau de la bouilloire au lieu du thé tout prêt qui m'attend sagement dans la théière ou enocre je prends l'express au lieu du local, du coup je passe devant ma station sans m'y arrêter mais à part ça je commence à m'orienter un peu mieux, et pour être sure de mon coup, j'ai appris à dire est (higashi) ouest (nishi) sud (minami) et nord (kita), je me suis dit que ça m'aiderait (bon j'avoue, j'ai dû regarder dans mon cahier pour être sure de pas me tromper)
bon c'ets pas tout ça de raconter des blagues mais en fait faut que je retourne à mes moutons. la suite au prochain numéro...
par Anne Tocquaine
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Samedi 31 mai 2008

Il y avait Abdou, un Sénégalais qui prétendait ne pas parler français, et faisait la promo de son concert, nihongode, devant un petit stand du Sénégal à la Africa Fair de Yokohama qui se tient parallèlement à la Ticad (Conférence interntaionale pour le développement de l'Afrique de Tokyo). Ensuite, les petits stands de bouffe, yassa, mafé principalement, menu en katakanas, servis dans des bols, portions japonaises. Après une semaine de Japon, c'est étrange de manger "comme à la maison" ou presque. Et puis le concert. Un parterre de japonais sagement assis sur leur chaise, plutôt middle-age, quelques badauds debouts derrière eux redirigés par des agents de sécurité pourvus d'une casquette bleue et d'un sifflet, agitant les bras pour faire la circulation parmi des piétons désordonnés. Indéridable le public, même devant les blagues du Camerounais qui semblait pourtant s'amuser beaucoup et tentait de mettre l'ambiance dans un japonais qui moi me semblait parfait. Un public indéridable donc, jusqu'à ce qu'il se mette à imiter la musique traditionnelle japonaise. Complètement décalé.
Un peu plus loin sur le salon, une figure familière. Une femme, dans une melhafa parfaitement ajustée, que j'ai prise pour une mauritanienne jusqu'à voir son visage - c'était une japonaise.
J'étais bien à Yokohama. Tous les chemins mènent à Rome!



une image que j'ai tenté de piquer à mon cousin qui était au large du Banc d'Arguin pendant que je mangeais ce yassa à Yokohama: un bateau offert par le Japon à la RIM: "l'aide financière non remboursable par le gouvernement du Japon comme symbole de l'amitié et de la coopération entre le Japon et la République islamique de Mauritanie."

par Anne Tocquaine
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Vendredi 30 mai 2008
bonjour à tous
une semaine, l'heure d'un premier coucou en attendant le facteur qui doit m'apporter quelques affaires que je me suis envoyées depuis paris (enfin si j'ai bien compris), sauf que je crois qu'il n'y a qu'un colis, donc suspense, lequel est-ce? bien sûr dans l'un comme dans l'autre, j'ai des affaires indispensables et urgentes, mais dans l'un plus que dans l'autre... on ne pense pas à tout quand on fait ses bagages. bref.
donc une semaine déjà et pas encore une blague à raconter sinon qu'évidemment mon quotidien continue à être une blague. je ne réalise pas encore très bien que je suis à tokyo, ou bien si je réalise c'est juste évident, comme on boit du café - d'ailleurs je ne bois quasiment pas de café depuis mon arrivée, mais j'ai acheté au hasard du thé au supato, et j'adore, il est vert fluo et super bon
par où commencer. déjà l'impression générale est ultrapositive, même plus que dans le meilleur de mes rêves. les premiers jours, j'avais l'impression de vivre dans un rêve, dans un film, un manga ou quelque chose du genre. marie (marie chou) m'avait dit "ils sont beaux et belles". ils sont bel et bien beaux. d'accord j'habite près de shibuya, le quartier réputé pour être au plus près de ce qu'on imagine du japon mais quand même
j'adore tout, j'adore les habits, les rues où je retrouve des ambiances que je voyais dans les films en me disant que le japon dont je rêvais était celui des années 50 maxi (j'ai vu que des vieux films avant de partir), avec de petites échopes, des vélos etc.
j'adore ma logeuse qui m'a sauvé la vie trois fois par jour depuis mon arrivée, jusqu'à me faire venir chez elle un soir où j'avais urgemment besoin d'internet et que ça ne fonctionnait plus chez moi. je suis arrivée, elle m'a installée dans la petite chambre de son fils au fond du jardin, et j'ai pu passer la nuit là, travailler jusqu'à 2h30 du mat et me lever à l'aube pour rentrer chez moi. sur le chemin, le jour à peine levé, les gens allaient au travail à pied et à vélo, et derrière moi, un père conduisait son fils en commentant les jardins du bord de la rue, c'était trop beau. il y a toujours quelque chose d'apaisant dans le paysage, même urbain, ça ne ressemble en rien à la jungle qu'on peut imaginer quand on pense aux heures de travail, à la foule, aux grattes-ciel etc. tout est "bien pensé" comme on dit. du coup, c'est immense mais humain et respirable. enfin, c'est ma première impression en tout cas.
sinon j'adore plein de choses, je m'émeus pour un rien, pour la broderie sur les mouchoirs que les gens sortent de leur poche pour s'ssuyer la nuque dans le métro quand il fait chaud, déjà parce que c'est trop beau (c'est pas un kleenex pour le dire autrement) ensuite parce que j'avais déjà rêvé devant cette scène dans des films.
j'adore devoir enlever mes chaussures pour entrer dans les maisons, et mes pantoufles pour entrer dans certaines pièces quand il y a des nattes au sol (certaines salles de classe, ou bien des salles dans les bâtiments publics où on peut venir se reposer, manger ou lire).
bref je vais pas tout énumérer mais quand même je me suis acheté un parapluie transparent trop chic. tout est trop chic, trop classe, même quand on rend la monnaie dans les magasins sur une petite coupelle, c'est toujours très très classe.
et surtout les gens sont très drôles, on dirait que c'est carnaval (enfin vu de mes yeux à moi), j'adore.
du coup, sauf quand j'ai un petit coup de pression (ça ne m'est arrivé qu'une fois, celle où j'ai été recueillie par ma logeuse), j'aime me perdre et je dirais, heureusement, parce que je passe mon temps à me perdre. déjà les plans sont non seulement en japonais (on s'en doute) mais en kanjis, c'est à dire que la plupart du temps, les deux alphabets que j'ai digérés jusqu'à présent ne me servent à rien, ensuite parce qu'il n'y a pas de nom de rue mais des numéros de paquets de maison, ensuite parce que pour une raison que j'ignore, je suis toujours désorientée (même en ville j'ai l'habitude de me repérer avec les points cardinaux, ici j'en suis incapable, je comprends jamais où est l'est, ça fait beaucoup rire ma logeuse kamadasan. tout ça doublé du fait que personne ne parle anglais, et que mon japonais ne progresse pas encore assez vite pour que je puisse toujours tout comprendre des epxlications que me donnent les trop gentils agents des stations de métro: au bout de trois phrases je décroche et je dois faire une drôle de tête parce que ça les fait rire aussi.
aujourd'hui j'ai reçu un petit papier dans ma boîte aux lettres, et je suis allée voir l'agent pour qu'il m'explique à quelle poste je dois aller et où elle est, il a passé un quart d'heure à appeler partout, la poste, l'agent de la station de métro suivante, etc, il s'est mis en mille pour savoir où était mon colis. pendant ce temps, deux ou trois autres personnes sont passées, chacune avec un renseignement à demander. déjà, le jour où je suis arrivée avec mes grosses valises à la station de métro, yutenji (le ji, ça veut dire temple et le temple est pas loin, trop beau, je l'ai repéré en cherchant la préfecture), j'ai repéré les petites plantes au milieu du rond point et les agents, je suis allée en voir un pour lui demander d'où je pouvais passer un coup de fil et je me suis dit, lui il va me voir souvent.
voilà, tout est incroyablement facile, pratique, et du coup, très humain. même ma petite chambre, effectivement petite mais quand même plus grande que ce que je craignais (genre 8m2), elle est tellement bien aménagée que c'est très vivable (bon on en reparlera cet hiver) pour l'instant je suis seule dans mon apparte, la népalaise finalement ne vient plus, il y a un kader qui doit arriver dimanche et une taiwanaise un peu plus tard. mais d'ici là j'aurai le wifi et je pourrai travailler depuis ma chambre.
ah j'oubliais! depuis mon balcon le soir, c'est à dire l'après midi pour vous, je vois les tours de shibuya illuminées comme dans les films, c'est trop chouette.
sinon pour les cours de japonais et le boulot je vous raconterai tout ça plus tard. mais ça va (ça a commencé par... le sommet sur le développement de l'afrique!)
je vous embrasse
anne
et une petite dédicace à ceux qui m'ont offert des musiques, l'idée du siècle. j'ai écouté mozart le soir de mon arrivée, dans le demi sommeil du décalage horaire, j'ai écouté les brésiliens qui parlaient d'une japonaise (ou bien?) un soir alors que j'avais pris trois métros de trop pour rentrer chez moi depuis l'autre bout de tokyo et que le soleil se couchait sur la baie, j'étais un oiseau en marchant dans la rue en bas de chez moi en rentrant de mon cours de japonais, etc etc

et aussi le truc drôle c'est que comme je comprends pas ce que j'achète au supermarché, ben je choisis les plus beaux emballages, de toute façon tout est bon

Ma première photo de Tokyo, les tours de Shibuya depuis mon balcon:

par Anne Tocquaine
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