aujourd'hui j'ai bien travaillé, enfin, genre efficace quoi, alors je m'offre une petite pause pour vous raconter deux trois choses. la journée, puisque beaucoup me
demandent à quoi ressemble une de mes journées (et j'ai bien du mal à répondre parce qu'il n'y en a pas deux pareilles), elle a commencé par mon petit trajet du lundi matin à vélo, vers la maison
de suzukisan, ma prof de japonais du lundi matin. pas le cours le plus efficace on va dire, mais une dame sympa, qui m'offre du thé après chaque cours, suivant un rituel bien réglé. la semaine
dernière j'avais eu bien du mal à lui faire admettre que j'avais avancé et que ce n'était pas la peine de revenir au début du livre. je lui en voulais un peu de pas comprendre l'urgence pour moi
d'avancer vite, pour ne plus m'arrêter au bout de trois phrases quand je parle à quelqu'un (déjà trois phrases, vu ce que je disais au début, c'est pas mal). bon les cours de japonais c'est pas
un loisir pour moi quoi, à le vivre au quotidien, je vois bien ce que ça a de vital... bref, aujourd'hui, elle a intégré, on a pris le livre là où je m'étais arrêtée à mon dernier cours de la
semaine dernière, sans explications, à mon grand soulagement. et aujourd'hui, j'ai dû interrompre le petit thé final un peu plus rapidement que d'habitude (oui j'ai déjà des habitudes) parce que
je voulais aller chercher ma gaigokujin torokusho qui était prête, ma carte de résidente, le sésame indispensable pour ouvrir un compte en banque, donc ouvrir un abonnement téléphonique, donc
envoyer un contact fixeà mes interlocuteurs. alors sans attendre, je vais à la banque, un entil monsieur me renseigne: j'ai tout les papiers sauf... un sceau figurez-vous! oui au japon on ne
signe pas, on appose son sceau. je devrai donc attendre encore mercredi que l'artisan ait fini de graver un sceau à mon nom avant d'ouvrir un compte. mais bon la perspective un peu désuète
d'avoir un sceau à mon nom en katakanas m'a assez plu, donc je ne me suis pas formalisée d'avoir à attendre encore deux jours.
ensuite, après un détour par le supato pour acheter une salade et du tofu (j'ai aussi craqué, j'avoue, pour les petits gâteaux verts fourrés à la pâte de haricot rouge), j'ai mis à profit ma
meilleure énergie de la semaine pour venir à bout de mon retard engrangé la semaine dernière, et pour faire part à quelques rédactions de mes propositions de sujets. ça a l'air de rien
mais j'ai tellement toujours l'impression de jouer ma vie à chaque mail du genre que j'envoie que c'est une petite victoire sur moi-même. et pour fêter ça, je vais de ce pas réenfourcher mon beau
vélo tout neuf pour m'inscrire au club de gym dont j'ai enfin récupéré l'adresse.
ah quand même avant de clôre ce petit chapître, un passage sur mes aventures à vélo. vendredi, comme je disposais d'un peu de temps avant un rendez-vous assez loin dans tokyo, je me susi dit,
profitons du soleil, et allons-y en pédalant: ça me fera éprouver un peu de la géographie tokyoïte. résultat: heureusement j(avais beaucoup de temps devant moi... j'ai mis plus d'une heure et
demie pour un parcours qui sur la carte ne me semblait pas si long que ça. donc je confirme: tokyo c'est grand. mais ce qui est drôle, quand on pédale, c'est la différence entre le jour et la
nuit, parce qu'au rtour évidemment il faisait nuit. Au retour, tous les cinquantes mètres, il y a des travaux et donc plein de petits monsieurs devant les travaux qui font des gestes avec des
bâtons lumineux. Et moi, tellement absorbée par les gestes (on dirait une piste d'aterrissage), j'en oublie de me dire qu'ils ont un sens, et plusieurs fois, a posteriori, en repensant aux autres
vélos, en face, arrêtés, eux, je me suis dit que j'avais dû louper quelque chose. oublié de m'arrêter en somme. bon je sais je ne devrais pas écrire ça ici, ça va en effrauer quelques-uns. mais
bon, il faut savoir uen chose assez étonnante ici, c'est que si les piétons japonais sont réputés pour leur respect à la lettre des consignes en tout genre, c'est loin d'être le cas des vélos,
qui vont à droite ou à gauche selon leur convenance, brûlent les feux, slaloment sur les trottoirs entre les passants. la belle vie quoi. c'est peut-être pour ça que les agents de piste ne m'ont
rien dit quand je leur suis passée devant sans m'arrêter.
bon c'est promis, un jour je mettrai des photos. je
ne sais pas pourquoi, jusqu'ici je n'en ai quasiment pas prises. mais ça va venir. et je mettrai par exemple des photos des petites clochettes de la petite auberge familiale où j'étais hier avec un
collègue, ambiance bon enfant, familiale et bières (enfin thé pour moi, j'avais déjà bu des bières avant). C'est là que j'ai appris l'histoire des clochettes, c'est Yokosan, la chef d'orchestre de
cette petite auberge où on se retrouve autour du comptoir, qui dans un élan d'enthousiasme, pour ponctuer son histoire, s'est mise à faire sonner ces clochettes que je n'avais pas remarquées
jusqu'à présent. Et là, elle a expliqué: les clochettes, c'est pour l'été, quand il fait chaud, très chaud. Dans la moiteur, pour rafraîchir les clients, un petit son de clochette. L'hiver, n'y
pensez même pas, les clochettes restent muettes.
Il y avait Abdou, un Sénégalais qui prétendait ne pas parler français, et faisait la promo de son concert, nihongode, devant un petit stand du Sénégal à la Africa Fair de Yokohama qui se
tient parallèlement à la Ticad (Conférence interntaionale pour le développement de l'Afrique de Tokyo). Ensuite, les petits stands de bouffe, yassa, mafé principalement, menu en katakanas, servis
dans des bols, portions japonaises. Après une semaine de Japon, c'est étrange de manger "comme à la maison" ou presque. Et puis le concert. Un parterre de japonais sagement assis sur leur chaise,
plutôt middle-age, quelques badauds debouts derrière eux redirigés par des agents de sécurité pourvus d'une casquette bleue et d'un sifflet, agitant les bras pour faire la circulation parmi des
piétons désordonnés. Indéridable le public, même devant les blagues du Camerounais qui semblait pourtant s'amuser beaucoup et tentait de mettre l'ambiance dans un japonais qui moi me semblait
parfait. Un public indéridable donc, jusqu'à ce qu'il se mette à imiter la musique traditionnelle japonaise. Complètement décalé.
Un peu plus loin sur le salon, une figure familière. Une femme, dans une melhafa parfaitement ajustée, que j'ai prise pour une mauritanienne jusqu'à voir son visage - c'était une japonaise.
J'étais bien à Yokohama. Tous les chemins mènent à Rome!
une image que j'ai tenté de piquer à mon cousin qui était
au large du Banc d'Arguin pendant que je mangeais ce yassa à Yokohama: un bateau offert par le Japon à la RIM: "l'aide financière non remboursable par le gouvernement du Japon comme symbole de
l'amitié et de la coopération entre le Japon et la République islamique de Mauritanie."
"Les Japonais ils ne finissent jamais leur cigarette, ils fument la moitié et ils jettent."
"Amène des camemberts, tu feras fortune."
"Au Japon c'est interdit de fumer dans la rue, il y a des camions qui font le tour des entreprises."
"Apprends à te cacher pour te moucher."
"Les Japonaises elles mettent de la musique pour pas qu'on entende quand elles font pipi."
"sayônara!" "moshi moshi"
"Ils vont te découper en morceaux et te manger."
"(censuré)"
"Tu feras du vélo."
"Tu vas dormir dans une capsule?"
"Tu vas dormir dans une capsule?"
"Tu vas dormir dans un tiroir?"
"Y a du chocolat au Japon?"
"(censuré)"
"Mais qui va comprendre tes blagues au Japon?"
"Prépare-toi à courir, à dormir dans le métro, à courir."
"Tu achèteras un vélo, tu gagneras vingt minutes et vingt minutes c'est déjà beaucoup."
"Mais tu ne lis pas de mangas pourtant!"
"Tu me rapporteras un téléphone?"
"Tu vas trouver un Mauritanien là-bas."
"Encore, tu m'aurais dit que tu allais dans un village au fin fond de l'Afrique on aurait pu s'y attendre."
"Tu vas te trouver un mari et tu ne rentreras jamais."
"Tu sais, il y a des cosmonautes qui sont partis dans l'espace et quand ils sont revenus, l'URSS n'existait plus."
"Mais, pourquoi le Japon?"
"Tu as quelqu'un là-bas?"
"Tu parles japonais?"
"(censuré)"
"Personnellement, je n'aurais pas eu l'idée."
"Mange des pommes, là-bas ça coûtera trop cher."
"J'ai rêvé que j'allais au Japon, personne ne parlait français, et puis je me suis aperçu qu'il y avait des vaches comme dans les Vosges."
"Je viendrai te voir."
"Je ne viendrai pas te voir."
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